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« Tout ce qui est écrit continue de vivre dans l’absence » (4)

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Les quatre dernières séances de l’atelier d’écriture de cette année ont été, comme l’an passé, consacrées à la rédaction d’une nouvelle.

Vous pouvez lire mon interprétation de la première séance ici, de la deuxième ici et de la troisième ici.

Pour ménager un peu le « suspense » de la lecture, je noterai les consignes données par l’animatrice à chaque séance en fin d’article.

Temps imparti: 1 heure et quinze minutes

Pour ma part, j’ai écrit ça:

« Camille n’eut aucune conscience du trajet qui la conduisit de chez Maud au commissariat. Il lui semblait qu’elle était empêtrée dans un abominable cauchemar et qu’elle n’avait rien d’autre à faire que laisser le film se dérouler sous ses yeux.

Arrivée au poste, les agents de police la firent descendre de la voiture sans ménagement. C’est parce qu’elle eut du mal à trouver l’équilibre qu’elle se rendit compte qu’elle était menottée. Elle ne s’était aperçue de rien.

La jeune policière qui s’était occupée d’elle chez Maud la conduisit dans une pièce sale, éclairée par un unique néon blafard. Elle l’assit à la table qui trônait au centre sans lui libérer les mains et dans le plus grand silence.

Quand elle sortit de la salle, elle fut immédiatement remplacée par un homme trapu d’une cinquantaine d’années. La peau martyrisée par une ancienne acné qui avait dû marquer son adolescence et l’estomac proéminent, il n’avait rien de commun avec les policiers que Camille voyait parfois à la télévision dans des séries.

Il s’assit en face d’elle et Camille s’enfonça un peu plus dans le cauchemar. Kamil, que l’agent nomma “votre fiancé”, avait fait part de ses soupçons aux officiers. Les faits étaient contre elle et la détresse dans laquelle semblait se trouver le jeune homme excluait toute possibilité qu’il pût mentir.

Pour tous, Camille était coupable. Elle s’était laissée emporter par la jalousie quand Maud lui avait confié avoir eu une aventure avec son nouvel amoureux quelques mois plus tôt. Fin de l’histoire.

Il ne manquait que les aveux de Camille pour boucler le dossier. Mais, si elle s’y refusait, la procédure s’en passerait. Les preuves étaient si accablantes que sa culpabilité ne faisait aucun doute.

Camille ne céda pas. Mais elle ne se défendit pas non plus. Elle sombra dans un trou noir qui dura exactement treize mois, douze jours et huit heures. Plus d’une année où elle ne trouva pas la force de lutter contre l’évidence. Jamais elle ne dit aux personnes qui l’interrogeaient ou à son avocat qu’elle ne savait pas que Maud connaissait Kamil. À quoi bon ? Pour eux, elle était coupable.

Elle avait tout perdu ce soir-là. L’amie avec qui elle partageait toute sa vie depuis quinze ans et l’homme qu’elle avait aimé passionnément. Elle n’avait plus la force de se battre. La seule résistance dont elle fit preuve fut celle de refuser tout aveu.

Un matin, son avocat se présenta au centre de détention dans lequel elle attendait la tenue de son procès. Ils n’avaient pas rendez-vous et Camille s’étonna de la visite impromptue de cet homme très occupé.

Sa surprise s’accrut encore lorsqu’elle croisa son regard. Il semblait tout à la fois furieux et victorieux.

“Mais pourquoi vous être tue ainsi pendant plus d’un an Camille ? Pourquoi ?

–Je n’ai rien d’autre à dire que ‘je suis innocente’, mais personne ne m’écoute. Je suis épuisée. Je veux juste en finir.

– C’est pour ça que je suis là figurez-vous. Camille, votre Apollon a été arrêté la semaine dernière avec sa sœur. Vous saviez qu’il avait une sœur ?

–Oui. Il me l’avait dit. Une sœur aînée dont il était très proche. Mais je ne l’ai jamais rencontrée.

–Heureusement pour vous. Ils viennent d’avouer deux meurtres. Dont celui de votre amie. Vous êtes libre Camille. Je suis venu vous chercher pour vous ramener chez vous.”

L’armure dans laquelle Camille s’était enfermée se fendit et elle fut submergée par l’émotion. Il se passa plus de deux heures pendant lesquelles elle ne put s’arrêter de sangloter. Elle pleurait tout à la fois Maud, son amour pour un être dont elle n’avait pas su percevoir la monstruosité et les longs mois d’enfermement qu’elle venait de vivre.

Son avocat dut attendre qu’elle ait regagné son appartement et pris une douche pour qu’elle retrouve son calme et lui demande de lui en dire plus. C’est ainsi qu’elle apprit que Kamil avait été arrêté quelques jours auparavant suite au témoignage d’une jeune femme qu’il fréquentait et qui avait été agressée et laissée pour morte chez elle par une déséquilibrée qui se trouvait être sa sœur.

D’abord peu loquace, Kamil avait fini par se libérer du terrible secret qui pesait sur lui depuis plusieurs années. Sa sœur, de quinze ans son aînée, avait pris en charge son éducation au décès accidentel de leurs parents quand Kamil avait cinq ans.

Sa vie entière avait été consacrée au petit garçon qu’elle avait entouré d’un amour inconditionnel. Puis, Kamil avait grandi. Il avait commencé à déserter la maison pour sortir, à la délaisser pour dédier tout son temps à des aventures sans lendemain.

Sa sœur en avait énormément souffert. Mais elle avait accepté parce qu’il finissait toujours par lui revenir, aucune fille n’étant assez bien pour son Kamil. Aucune jusqu’à une certaine Adèle avec qui Kamil décida d’emménager.

Sa sœur tenta de le dissuader. Elle se montra plus gentille que jamais pour lui donner envie de rester auprès d’elle. Sans succès. Elle essaya alors de le culpabiliser en lui rappelant qu’elle-même avait sacrifié sa vie de femme à son éducation. Mais rien n’y fit. Kamil était amoureux.

Ne voyant d’autre solution, sa sœur se déplaça chez Adèle pour lui expliquer la situation et lui faire entendre raison. Entre femmes. Elle pensait qu’elle comprendrait. Mais il n’en fut rien. Devant son discours, Adèle rit aux éclats et la traita de folle.

Humiliée, la sœur de Kamil attrapa un énorme vase qui trônait sur la table du salon et fracassa le crâne d’Adèle pour qu’elle se taise.

Quand elle avait compris son geste, elle avait aussitôt appelé Kamil. Mais il était trop tard. Le jeune homme fit preuve d’un sang-froid incroyable. Il ne pouvait se résoudre à perdre sa sœur, la seule famille qui lui restait, surtout maintenant que l’amour de sa vie n’était plus.

Alors, pendant qu’elle sanglotait, Kamil maquilla la scène de crime en cambriolage. Minutieusement. Et ils rentrèrent tous les deux dans leur appartement.

À l’époque, il fut bien interrogé par la police, mais, il était si dévasté de chagrin qu’il fut rapidement considéré comme hors de cause et l’affaire classée.

Kamil souffrit des années avant de se remettre de cette histoire. Il était encore fragile quand il avait rencontré Maud. Leur liaison ne fut guère plus qu’un flirt. Dès qu’il commença à la fréquenter, sa sœur s’en mêla. Elle tenta d’intimider Maud qui sentit que leur relation fraternelle était assez malsaine  pour lui ôter toute envie de s’investir dans une histoire avec Kamil.

Par pure curiosité, elle avait fait quelques recherches sur lui sur internet et, quand elle avait trouvé son nom associé à la mort d’Adèle, elle s’était félicitée d’avoir mis un terme à leur histoire. Ce garçon n’attirait manifestement pas le bonheur.

Quelques mois plus tard, lorsque Camille lui parla du nouvel amour de sa vie, elle fut alertée par quelques coïncidences troublantes : les deux hommes étaient violoncellistes et tous deux étaient allergiques aux fruits de mer. Sans compter l’identité des prénoms.

Elle fut saisie d’un abominable pressentiment et ne trouva d’autre alternative que d’appeler son ancien amant pour en avoir le cœur net. Il accepta de la rencontrer le lendemain et c’est alors qu’elle demanda à Camille de ne plus le voir, tenaillée par la certitude que cet homme avait quelque chose de dangereux et bien décidée à en avoir le coeur net.

Mais Camille s’était braquée et Maud et elle s’étaient disputées. Camille avait prévenu son amant de l’affrontement. Il avait senti immédiatement que Maud devait avoir des soupçons. Comment avait-elle pu comprendre, il n’en savait rien, mais il fallait qu’il règle les choses avec elle.

Il devait protéger sa sœur.

Il se rendit chez Maud le soir même, sans attendre leur entretien du lendemain, en proie à une violente agitation. Encore déstabilisée par la dispute avec son amie, Maud réagit vivement en le voyant. Elle hurla des mots qu’il ne comprit pas, mais certains semblèrent l’atteindre en plein cœur : “ta folle de sœur” “coupable” “meurtrier”.

Alors, il la gifla, sans réfléchir. Et comme l’avait fait sa sœur avec Adèle, quand elle fut à terre,  il l’acheva en la frappant avec un vase. Il lui semblait qu’il n’avait pas d’autre choix. Il n’avait d’autre possibilité que celle de protéger sa sœur, la seule femme qui le connaissait réellement et l’aimait inconditionnellement.

Il passa la semaine qui suivit à tenter de décourager Camille de renouer avec son amie, comme si elle avait été l’unique lien de Maud avec l’extérieur, la seule capable de faire glisser son acte vers la réalité.

Mais elle ne l’avait pas écouté. Et quand il l’avait vue sur la scène de crime, il lui avait paru évident qu’elle pourrait porter le chapeau à sa place s’il agissait rapidement. Alors, il avait agi.

Tout aurait pu se dérouler parfaitement si seulement sa soeur n’avait pas récidivé. Mais il avait fallu qu’elle réitère son geste. Et qu’elle échoue dans sa tentative.

Il aurait peut-être encore pu s’en tirer si Maud n’avait pas tenu un journal intime. Le petit carnet avait été lu par ses parents lorsqu’ils avaient entrepris de vider son appartement.

Pour s’imprégner des derniers jours de leur fille et pour tenter de comprendre ce qui avait pu pousser Camille à agir avec tant de violence, elle qu’ils connaissaient depuis l’enfance.

Mais c’est sur les méfaits d’une autre personne qu’ils étaient tombés. Il n’était dès lors plus difficile de rassembler les pièces du puzzle et de rendre justice à Maud. Et à Adèle. »

 

 

Les consignes de la dernière séance étaient les suivantes:

« Conluez »!!

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9 commentaires sur “« Tout ce qui est écrit continue de vivre dans l’absence » (4)

  1. j’ai attendu la fin pour te laisser un mot, une belle écriture qui fait la part belle aux sentiments noirs…

  2. je dois avouer que j’avais peur qu’elle passe sa vie en prison. Je suis contente que tu aies décidé de « bien » finir ta nouvelle😉. Merci pour ces 4 épisodes pendant mes petits déjeuners.

  3. Quel suspense ! Quelle plume ! J’ai lu les 3 derniers chapitres d’une traite (ouais je sais c’est de la triche !) et j’étais plus captivée que par le livre qui traîne en ce moment sur ma table de nuit 😉
    Pauvre Camille et pauvre Maud, elles ne méritaient pas ça !

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