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« Tout ce qui est écrit continue de vivre dans l’absence » (3)

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Les quatre dernières séances de l’atelier d’écriture de cette année ont été, comme l’an passé, consacrées à la rédaction d’une nouvelle.

Vous pouvez lire mon interprétation de la première séance ici et de la deuxième ici.

Pour ménager un peu le « suspense », je noterai les consignes données par l’animatrice à chaque séance en fin d’article.

 

Temps imparti : 1 heure

Pour ma part, j’ai écrit ça :

« En dépit de la présence bienveillante de son amant tout au long de la semaine qui s’était écoulée depuis sa dispute avec Maud, Camille ne parvenait pas à dépasser l’incident. Elle avait tout d’abord nourri une immense colère à l’encontre de son amie. Elle ne trouvait d’autre explication à sa réaction que la jalousie. Maud n’avait jamais réussi à entretenir une relation amoureuse stable. Elle sacrifiait beaucoup à sa carrière et sa vie affective en pâtissait. Elle avait dû éprouver un réconfort malsain dans la dernière rupture de Camille, que sa nouvelle idylle avait mis à mal.

Camille avait beaucoup parlé de ses sentiments avec Kamil et il avait appuyé son analyse. D’après lui, Maud était égoïste et le bonheur de sa prétendue amie avait fait éclater sa perversité au grand jour.

Malgré tout, si son ressentiment demeurait vif, la colère de Camille s’apaisa au fil des jours. Elle trouvait dommage de laisser une dispute, aussi violente soit-elle, anéantir une amitié de plus de quinze ans.

Elle s’ouvrit de son point de vue à son compagnon, mais sa réaction fut si vive qu’elle retarda encore Camille de quelques jours dans sa décision de renouer avec Maud. Lorsqu’elle confia à Kamil avoir envie de proposer à Maud de dîner avec eux pour à la fois se réconcilier avec elle et procéder aux présentations officielles entre son amie et son amant, celui-ci explosa de colère. Il se montra buté dans sa conviction que Maud avait commis l’irréparable. Pour lui, elle ne méritait aucune main tendue.

Quand Camille insista pour la défendre au nom de l’ancienneté de leur amitié, il devint même blessant, accusant Camille d’être faible et de se complaire dans une relation où elle se trouvait très franchement dominée. Il cracha qu’elle n’était pour Maud qu’un faire-valoir et alla jusqu’à lui confier sa crainte de voir ses sentiments pour elle s’amenuiser si elle se révélait être le genre de femme qui se laisse piétiner.

Camille fut bouleversée par cette scène qui n’avait jamais eu de précédent. D’autant plus qu’elle venait de perdre la seule amie qui aurait pu la réconforter.

Elle prit alors la décision de donner, en apparence, raison à son amant tout en envoyant un message à Maud lui proposant de se revoir pour discuter de leur altercation. Il serait toujours temps lorsqu’elles seraient réconciliées de trouver une explication valable à fournir à Kamil.

Mais Maud ne répondit pas.

D’abord déçue, Camille bascula très rapidement dans l’inquiétude. Elle connaissait son amie et son silence était anormal. Même lorsqu’elle était en voyage à l’autre bout du monde, elle trouvait toujours un moyen de rester en contact avec elle.

Camille essaya alors de l’appeler. En vain. La crainte qu’il soit arrivé malheur à Maud grandissait en elle et la tenait éloignée de toutes les activités qui la réjouissaient habituellement.

Convaincue qu’elle ne saurait se pardonner de ne pas avoir tout tenté pour entrer en contact avec son amie si celle-ci était dans une mauvaise passe, Camille prit la décision de se rendre chez elle, laissant de côté la crainte de l’accueil qui pourrait lui être réservé.

Comme la dernière fois qu’elle avait parcouru ce chemin, Camille sentait l’angoisse étreindre son cœur alors qu’elle se rapprochait de chez Maud. Elle avait peur tout à la fois qu’il soit arrivé quelque chose à son amie et que celle-ci se porte à merveille, mais ait tout simplement tiré un trait sur ce qui les liait.

Cette fois-ci, elle ne se précipita pas chez Maud en descendant du bus. Elle s’assit de longues minutes sous l’abri situé à quelques mètres de l’appartement, attendant de trouver en elle la force nécessaire à affronter les prochaines minutes qu’elle redoutait.

Quand elle se leva, elle mit encore longtemps à se rendre à destination, le pas lourd et traînant. En arrivant devant la façade de l’immeuble, elle prit une grande inspiration et sonna à l’interphone.

Elle patienta de longues minutes, mais rien ne se passa. Même si sa montre indiquait une heure à laquelle Maud était habituellement chez elle, Camille décida de l’attendre sur son perron. Elle finirait bien par rentrer, tôt ou tard. Lorsqu’elle s’absentait plusieurs jours, Maud avait toujours recours aux services d’une grand-mère de sa connaissance qui venait vivre chez elle pour arroser les plantes et nourrir son chat. Si l’appartement était vide, c’était donc qu’elle n’allait pas tarder à rentrer.

Les minutes, puis, bientôt, les heures s’écoulèrent. Camille commençait à avoir froid. Elle profita de la bienveillance d’un voisin pour se faufiler dans l’immeuble et aller patienter au chaud sur le palier de l’appartement de son amie.

Après une nouvelle attente qui lui parut interminable, Camille, fatiguée, abandonna toute velléité de bienséance et s’assit à même le sol, s’adossant à la porte de l’appartement. C’est alors qu’elle bascula dans un grand fracas et se retrouva allongée sur le sol. La porte n’était pas fermée, mais simplement poussée et elle avait cédé sous le poids de la jeune femme.

Camille sentit immédiatement son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Maud n’était pas le genre de personne à partir avec sa porte ouverte. Et même si mille explications rationnelles se bousculaient dans son esprit pour justifier la situation, Camille céda à la panique. Elle se releva d’un bond et hurla le nom de son amie d’une voix étranglée sans recevoir d’autre réponse qu’un silence assourdissant.

Elle entendit un chat miauler dans le salon et s’y précipita, le visage baigné de larmes. Son cœur ne l’avait pas trompée. Sitôt la porte de la pièce ouverte, son regard fut attiré par une forme qu’elle ne sut d’abord identifier, mais qui se révéla être le corps de Maud, affalé dans une mare de sang coagulé.

Camille poussa un hurlement sinistre. Terrifiée, elle quitta précipitamment l’appartement, pressée de laisser derrière elle les murs qui abritaient un si cruel spectacle. Sanglotante et tremblante, elle vida son sac sur le sol et saisit son portable pour appeler les secours. Mais, incapable de reprendre ses esprits, aucun des numéros d’urgence ne lui revint en mémoire. Fébrile, elle appuya alors sur le raccourci de Kamil et hurla dans l’appareil :

“Chez Maud ! Vite !”

avant de raccrocher et de se recroqueviller à même le sol pour pleurer.

Il ne s’écoula qu’une quinzaine de minutes entre son appel et l’arrivée de Kamil. Quinze minutes durant lesquelles aucun des voisins de Maud ne sortit de son appartement pour identifier l’origine des pleurs et des hurlements.

Quand elle vit apparaître son amoureux, Camille attendit sans bouger qu’il la relève et la prenne dans ses bras. Mais, au lieu de ça, il lui jeta un regard glacé et, sans chercher à savoir ce qui s’était produit, Camille le vit ressortir de l’immeuble.

Elle perçut alors, malgré la confusion de son esprit, un bruit de sirènes puis des voix qui dialoguaient tout près d’elle sans qu’elle parvienne à comprendre de quoi il retournait. Elle sentit une silhouette en uniforme enjamber son corps et une femme, en tenue elle aussi, se pencha sur elle pour la relever.

Lorsque l’officier de police lui demanda ce qui était arrivé, Camille resta muette. Aucun mot ne pouvait traduire l’horreur qu’elle venait de vivre. Comme traversant un épais brouillard, elle entendit la femme policière prononcer “elle est en état de choc” et elle se laissa conduire à la voiture de patrouille qui était stationnée devant l’immeuble.

Sonnée, elle attendait sur la banquette arrière que Kamil la rejoigne. Au bout de plusieurs minutes, elle surprit sa voix derrière elle. Il discutait avec la femme qui s’était occupée d’elle. Elle sortit de sa torpeur lorsqu’elle entendit très distinctement Kamil prononcer la phrase suivante :

“J’étais certain que ça arriverait”

Elle tendit alors l’oreille, soudainement maîtresse d’elle-même. Kamil relatait à l’officier de police la dispute qui l’avait opposée à Maud la semaine précédente. Il disait, d’une voix bouleversée, que Camille avait frappé son amie puis que, malgré de nombreux avertissements, il n’avait pas réussi à la dissuader de la harceler d’appels menaçants tout au long de la semaine.

S’effondrant en sanglots, il termina son tissu de mensonges en scandant

“J’aurais dû l’en empêcher. J’aurais dû l’en empêcher.”

Camille se figea à nouveau, paralysée à l’arrière de la voiture de police. Elle était seule au monde. »

Les consignes de la troisième séance étaient les suivantes :

« Une semaine après le dernier épisode, Camille retourne chez Maud pour en savoir plus. Elle entre chez elle et découvre le corps inanimé de son amie. Elle appelle son amant qui arrive aussitôt, suivi de la police. Le jeune homme évoque la dispute qui a opposé les deux amies et accuse Camille. »

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