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« Le fou se croit sage et le sage se reconnaît fou » 7/9

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Dès cet instant, et comme elle l’avait toujours su au creux d’elle-même, les choses allèrent de mal en pis. Daphné ne rappela pas Lucie pour lui confier le tissu devant servir à confectionner l’empiècement de la robe. Lucie voyait son ouvrage paralysé par cette attente. L’absence d’indications concernant la taille de la pièce de satin l’empêchait de patronner son modèle et l’ignorance dans laquelle elle se trouvait de la teinte du tissu ne lui permettait pas d’aller choisir l’étoffe principale de la robe. Elle était condamnée à regarder le temps filer, laissant chaque jour plus de messages à une Daphné toujours muette.

À trois semaines des noces, n’y tenant plus, Lucie prit la décision de s’imposer chez Daphné. Elle se rendit devant son immeuble à l’heure où elle rentrait habituellement et attendit patiemment le retour de son amie. Lorsqu’elle la vit assise dans les escaliers, Daphné éclata de rire. Rassérénée par sa réaction, Lucie l’embrassa et lui reprocha gentiment son manque de réactivité.

« Tu comprends Daphné, cette robe, c’est un boulot énorme. Je ne peux pas m’y mettre deux jours avant et, pour que ce soit joli, j’ai besoin de ton tissu. »

C’est alors que Daphné lui expliqua qu’elle n’était pas en possession du tissu. Sa belle-mère le gardait chez elle. Mais, promis, elle irait le récupérer le lendemain matin à la première heure et elle le déposerait à la boutique de Lucie dans la foulée. Tout était réglé.

Mais, le lendemain, ni tissu ni Daphné à l’atelier de Lucie.

« Je n’ai pas eu le temps Lucie. Je suis débordée. Passe le chercher au bureau. Je te laisse tout à l’accueil. »

Lucie commençait à s’agacer de cette nouvelle journée perdue. Par la négligence de Daphné, elle se trouvait contrainte de traverser toute la ville, repoussant encore de plusieurs heures le moment où elle pourrait débuter sa tâche.

Son estomac se contracta un peu plus lorsque, arrivée dans l’entreprise de Daphné, l’hôtesse lui remit une enveloppe qui contenait un post-it sur lequel était griffonné : « 80 cms x 75 cms. Écru ». Mais aucune trace du précieux coupon. Évidemment, Daphné n’était pas au bureau et les appels de Lucie sur son portable étaient automatiquement redirigés vers son répondeur. Lucie prit quelques minutes pour se calmer avant de lui laisser un message dans lequel elle lui expliquait qu’elles s’étaient certainement mal comprises, mais qu’elle avait impérativement (en insistant sur « impérativement ») besoin de la pièce de tissu pour commencer à travailler et qu’elle lui demandait de bien vouloir la lui déposer demain à l’atelier faute de quoi, elle irait nue à l’autel dans quinze jours.

Le lendemain, elle attendit en vain des nouvelles de Daphné qui lui arrivèrent par la Poste le surlendemain. Un courrier recommandé rédigé en ces termes:

« Bonjour,

Ce courrier fait suite aux très nombreux appels, mails et même visites et menaces dont vous me harcelez depuis plusieurs semaines.

Je vous rappelle que je vous ai confié la confection sur-mesure de ma robe de mariée sur un modèle conçu par vos soins et incluant un empiècement brodé. Ce contrat a été conclu oralement il y a trente-sept semaines. J’ai imprudemment accepté cette absence d’écrit au nom de la précédente relation qui nous unissait. Vous avez en effet déjà réalisé pour moi une robe de cérémonie. Il était tacitement entendu que la confection de la robe de mariée se ferait aux mêmes conditions. C’est pourquoi je suis extrêmement étonnée que vous soyez dans l’incapacité, et ce malgré mes demandes répétées, de me proposer un essayage.

Je suis sûre que vous comprendrez l’importance primordiale que revêt ce projet pour moi. Vous devez également deviner l’embarras dans lequel je me trouve vis-à-vis de l’ensemble des membres de ma famille. J’ai appuyé votre intervention et les craintes de mon entourage concernant vos compétences se vérifient malheureusement aujourd’hui.

Afin de ne pas laisser la situation se dégrader, je vous demande de bien vouloir me livrer la robe, objet de notre contrat, dans les meilleurs délais, et, au plus tard, vendredi prochain.

Sincèrement,

Daphné R. »

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