Ateliers d'écriture·Uncategorized

« Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pu être »

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Encore un exercice à contraintes de l’atelier d’écriture. L’animatrice a fait circuler une feuille en début de séance sur laquelle chacun devait écrire quelques contraintes. Sur la mienne, les autres participants ont choisi que je devrai raconter l’histoire d’Antoine, un homme qui ne fait pas ses soixante ans passés. Il est grand, svelte et un peu grisonnant. Marchand de cycles. Il fait de l’escalade pour entretenir sa santé. Père de famille nombreuse, il vit à Lille.

Nous avions trente minutes pour rédiger ce texte.

J’ai écrit ça:

« Il existe dans le monde des personnes qu’on oserait à peine croiser dans un livre. Antoine fait partie de ceux-là. De la classe des farfelus au coeur tendre plus précisément.

A soixante ans passés de presque une décennie, il a gardé l’oeil pétillant de malice de l’enfant espiègle qu’il était naguère. Je ne saurais vous dire si c’est cette fantaisie qui le garde jeune ou si c’est sa passion pour l’escalade. Toujours est-il que ses clients sont toujours très surpris lorsqu’il s’aventure à leur parler retraite et pêche à la ligne. Grand et svelte, à peine un peu grisonnant pour ajouter à son charme juvénile, on l’imagine mieux en alpiniste conquérant le toit du monde ou sur le départ pour l’exploration d’un pays exotique qu’en petit papy bercé par le ronron de ses habitudes. Ils n’ont pas tout à fait tort ceux qui pensent ça.

Antoine a nourri des rêves d’aventure lorsqu’il était plus jeune. Dans sa chambre d’adolescent, particulièrement les soirs de pluie, envoûté par le bruit des gouttes, il s’imaginait marin au long cours, une femme dans chaque port et la peau burinée par les embruns. D’autres soirs, il sillonnait le Grand Nord, arrimé à un traîneau tiré par une meute de chiens-loups. Solitaire endurci, il goûtait à l’acclamation des foules enivrées par ses récits avant de repartir vers de nouveaux horizons. Certains soirs d’été, allongé sous la voute étoilée, c’était l’espace qu’il conquérait.

Mais le temps a passé et l’aventure n’a jamais croisé la route d’Antoine qui a repris le magasin de cycles que tenait avant lui son père et encore avant son grand-père. Il s’est marié et, au fil des naissances de ses six enfants, le désir de les mettre à l’abri a surpassé ses rêves d’enfant.

S’il a abandonné l’envie de les réaliser, ses fantaisies ne l’ont jamais quitté. Et, un jour, à l’aube de ses quarante ans, il a clamé à qui voulait l’entendre que des aventures, il en avait plein la tête depuis toujours et, qu’à défaut de les vivre, le temps était venu de les partager.

On le croise depuis lors et aujourd’hui encore chevauchant son monocycle dans les rues de Lille. Il capte ainsi l’attention des enfants et parfois des plus grands et saisit l’opportunité de s’arrêter pour, l’oeil qui frise, leur raconter une histoire de son cru, à dormir debout de préférence.

Ainsi, les petits lillois le connaissent certains comme un ancien pirate s’étant mis au vert dans les Hauts de France pour fuir un condisciple à qui il aurait dérobé son trésor. Pour d’autres, il était le majordome préféré de la Reine Elisabeth d’Angleterre avant qu’elle ne le contraigne à quitter son service, incapable qu’elle était de supporter qu’il serve son épouse avec encore plus d’égards qu’elle-même.

Pour moi, il est cet homme qui sillonne les rues en sifflotant, qui sourit à tous ceux qu’il croise, qui court parfois derrière les feuilles mortes pour en faire des bouquets, qui prend le plus long chemin pour se rendre d’un point A à un point B. Il est la gaieté qui manque souvent en ville et le croiser est toujours le signe d’une bonne journée à venir. »

Comme d’habitude, n’hésitez pas à tenter vous aussi l’exercice et à partager votre texte avec moi!

 

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7 commentaires sur “« Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pu être »

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