« Je suis moi-même la matière de mon livre »

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Lorsque vous me contactez parfois par mail au sujet de mes carnets, un élément qui revient souvent dans nos conversations est « J’en ai plusieurs mais je ne sais pas quoi écrire à l’intérieur ».

Il y a des milliers de façons de remplir un carnet (parce que, oui, il ne s’agit pas d’y écrire quelques pages et de les abandonner. On va les terminer!). Du fameux bullet-journal qu’on voit partout depuis quelques années aux carnets thématiques dans lesquels vous pouvez compiler vos meilleures recettes de cuisine, vos avis de lecture ou vos souvenirs d’expositionsles idées ne manquent pas.

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de celui qui a ma préférence, celui que je tiens depuis plus de trente ans et qui est un mélange de journal intime et d’hypomnemata (terme un peu barbare quoique grec pour qualifier ce que les anglo-saxons nomment un Commonplace-Book).

Dans un journal intime, les différentes entrées sont des dates, présentées par ordre chronologique.

Chaque date présente un recueil de notes, souvent un récit du quotidien, point de départ à l’introspection.

Si le journal intime est souvent lié, dans notre imaginaire, aux tourments de l’adolescence, Epictète l’associait à la méditation pour se préparer à affronter le réel. Ça fait déjà un peu moins jeune fille en fleur, non?

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(un exemple d’une entrée façon journal intime avec un aperçu de ma vie palpitante. A gauche, on devine la partie « introspection » de la veille)

Les hypomnemata rassemblent, quant à elles, des citations, des réflexions personnelles ou d’autrui, des récits d’évènements dont l’auteur souhaite conserver une trace. Il ne s’agit pas d’un récit de soi comme le journal intime mais d’une constitution de soi par appropriation d’éléments extérieurs.

Dans mes carnets, je mélange ces deux façons d’écrire. Parce que j’ai envie qu’ils conservent des traces, de moi, mais aussi du monde dans lequel je vis et dont je ne me pense pas dissociable.

Je mêle donc les listes de choses à faire aux articles de journaux et les atermoiements sur ma condition de femme (par exemple) aux notes sur les livres que j’ai lus.

Ces journaux sont à la fois un refuge, une façon pour moi, qui suis extrêmement sensible, de faire le lien entre le dehors et le dedans, une catharsis me permettant de dépasser certaines émotions fortes, de mettre à distance des conflits.

C’est aussi une façon de prendre possession de ma véritable identité. Parce que, quelle qu’en soit la forme, écrire permet à coup sûr, un jour ou l’autre, de faire l’expérience de l’étrangeté à soi.

Vous êtes tranquillement en train de relater votre dernier repas de famille ou votre énervement d’avoir été prisonnier des embouteillages en rentrant du bureau et, pour peu que vous écriviez suffisamment longtemps (pas trois heures non plus, je vous rassure), peut surgir un mot ou une phrase qui semble ne pas vous appartenir et qui pourtant peut avoir une importance capitale.

Parce que ce que l’on écrit provient du plus profond de soi.

C’est ce qui rend ces journaux et leur tenue tellement magiques et passionnants.

C’est un outil de créativité qui peut répondre à un besoin vital de résister à la détresse tout comme à un désir de se rencontrer.

Et c’est si facile de s’y consacrer.

Vous commencez?

 

 

6 Replies to “« Je suis moi-même la matière de mon livre »”

  1. Merci pour le partage (pass : moi aussi je j’ai partagé mais le post ne paraîtra que la semaine prochaine) ! Après réflexion, je pense me concernant que le dessin est ma forme d’écriture.

  2. Super article, merci ! Pour ma part dans mon carnet il y a beaucoup de collages, et puis j’ecris quelques mots sur ce que j’ai fait chaque jours, sans développer, juste pour garder des traces. J’indique aussi les faits très marquants de l’actu. Mais aussi le temps, si les pivoines sont en fleurs, si j’ai cuisinď un truc, bref un vrac de mon petit monde !

  3. C’est très tentant de remplir enfin ces jolis petits carnets… Mais j’ai peur de voir ça comme une contrainte ou plutôt comme une chose supplémentaire que je voudrais faire et que je suis frustrée de ne pas arriver à trouver le temps pour ..

  4. J’aime quand tu nous parles de carnets! Je ne pense pas que cette forme là soit pour moi, elle demande un trop grand face à face avec soit même et la réalité ! C’est drôle que tu parles du journal intime des ados, gamine j’y consignais ce que j’avais du mal à surmonter, maintenant dans mon bullet je n’écris quasi-exclusivement que mes bons moments…c

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