"Franchement, je veux qu'ils crèvent tous."

Un soir d’été, Batool est castée au supermarché, par hasard, pour participer à une version junior d’une émission qui ressemble fort à Koh-Lanta.

Batool est une jeune fille comme les autres. Elle a à coeur de montrer son tempérament dans l’émission où elle se lie d’amitié avec plusieurs candidats tout en surmontant l’une après l’autre toutes les épreuves du jeu.

L’émission la montre courageuse et battante. Un modèle.

Jusqu’à un épisode au cours duquel est diffusée une phrase qui va transformer l’image de Batool aux yeux de tous et faire d’elle en bête à abattre.

A la maison, j’ai deux petits garçons très fans de Koh-Lanta. Quand j’ai lu le résumé de ce roman, bien qu’il s’adresse a priori à des enfants plus grands (à partir de 13 ans mais je pense que mon grand de bientôt 10 ans aurait pu le lire seul sans difficulté) , j’ai eu envie de le leur lire. Je voulais me servir de cet ouvrage pour leur expliquer la manipulation des images et des discours à la télé ou sur internet.

Sur ce point, rien à redire. Le roman décrit assez bien comment, en une phrase, Batool bascule de vedette à victime. Mais quelle phrase!

Peut-être que, malgré mon âge, je fais moi aussi partie de la « Génération offensée » dont parle Caroline Fourest. Peut-être…

Mais j’ai été tellement choquée par la phrase en question et, plus encore, par la justification qui en est faite dans les pages qui suivent que le propos du harcèlement et de la manipulation n’avait plus aucune place dans mon esprit.

Pour ceux qui veulent lire le livre, arrêtez là votre lecture. Je veux absolument développer mon propos mais je vais totalement déflorer l’intrigue.


La candidate, un soir d’exaspération face à un concurrent particulièrement antipathique, se cache dans les buissons et se murmure à elle même (ce qui à mon avis n’excuse rien mais je suis sûrement une vieille taupe) :

« Le feuj là, j’en peux plus. Par pitié, faites le taire. »

La phrase est captée par l’émission et montée avec une autre phrase prononcée dans un tout autre contexte. C’est mal. Et c’est moche. C’est la télé et le capitalisme quoi. Il faut bien faire du buzz et vendre de la pub.

Mais la phrase en elle-même, même prononcée à voix basse, même destinée à aucune audience, elle n’en reste pas pour autant choquante? Le harcèlement et la violence ne peuvent jamais être justifiés, mais la colère, parfois, est légitime.

Un petit extrait deux pages plus loin éclairent la lanterne du lecteur un peu déstabilisé. Je cite:

« Sur l’île, tout le monde appelait Léon « le juif » et aucun épisode ne l’a montré. Léon , lui-même, en rigolait. Il disait qu’il avait l’habitude. Que chez lui, tous ses potes le surnommaient ainsi, parce qu’il avait « certains traits et pas d’autres », qu’il était « très brun », « très blanc », qu’il avait une « gueule à », parce que la vie est pleine de tristes clichés et voilà. »

Plus jamais on ne reviendra sur cette phrase dans le roman qui ne traite donc que la position de Batool, harcelée et vivant un calvaire suite à la diffusion de l’émission mais ne saisissant apparemment pas la gravité des mots qu’elle a prononcés.

J’aurais aimé une posture qui soit moins emprunte de banalisation de l’antisémitisme et pas une justification d’un propos qui, du coup, surtout sous les yeux de jeunes lecteurs, peu paraître anodin.

Je serais ravie d’avoir votre ressenti à vous. Je deviens pinailleuse avec l’âge? Vous trouvez qu’on peut tout dire, même dans un livre pour enfant?

Et vous en pensez quoi?

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