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« Court est notre jour et immense est la nuit » 4/…

2017-08-19 12.48.48.jpgSi l’hiver l’enchantait, l’été, la vie se montrait encore plus douce. Les journées, alors, semblaient s’allonger indéfiniment et tout se passait entièrement à l’extérieur. La porte de la maison restait ouverte nuit et jour et la nature bruissait de mille sons qui lui étaient devenus familiers. Elle avait appris à reconnaître, apprécier et même parfois guetter le hululement d’une chouette comme le coassement d’un crapaud. Elle qui n’avait jamais vraiment aimé les animaux avait conscience qu’ici, elle vivait chez eux et, en invitée courtoise, elle considérait qu’il était de son devoir de se montrer la plus discrète possible pour ne pas les déranger.

L’été, Gaël évoluait presque nu. Elle avait longtemps insisté pour qu’il s’habille décemment chaque matin, mais le petit garçon se débarrassait du superflu au fil de la journée. Elle retrouvait ses chaussures, son gilet ou son chapeau éparpillés au sol selon l’itinéraire qu’il avait suivi. Elle avait fini par céder à un compromis entre la raideur des vestiges de son éducation et le désir de liberté de son fils. Gaël portait donc les vêtements qu’il voulait, mais, en contrepartie, il ne s’en départait pas entre le début et la fin de la journée. Le marché ainsi conclu entre eux avait été respecté. Marie avait remarqué que Gaël se conformait très aisément aux décisions auxquelles elle l’associait. Et, malgré son jeune âge, elle veillait désormais à le faire participer à toutes les résolutions qui le concernaient pour obtenir son adhésion et limiter tant que possible les conflits.

Ce qu’elle aimait dans leur nouvel accord, c’était de pouvoir admirer le corps encore potelé de son fils, juste couvert d’un short, qui dorait au fil de la saison. Ambré en avril, cannelle en septembre. Elle le voyait comme un enfant sauvage. Libre et heureux. Loin des préoccupations de ceux de son âge, des dessins animés et de l’école. Surtout de l’école que Marie avait toujours perçue comme un haut lieu de violence, aussi bien physique que morale.

Gaël vivait selon son seul rythme et ses seuls désirs. Il apprenait à respecter l’autre et son environnement sans pour autant y sacrifier sa singularité. Et Marie considérait qu’aucune facette de l’éducation ne revêtait plus d’importance que celle-ci.

Gaël se levait moins tôt que sa mère, mais, sitôt un pied hors du lit, il courait. Affairé à construire une cabane, un abri pour un animal aperçu la veille, à creuser un trou, à planter une graine inconnue pour en observer la croissance, à se rafraîchir dans le bras de rivière qui coulait au fond de leur terrain, il vivait comme Marie imaginait qu’avaient vécu tant de générations avant lui.

Avec la naissance de son fils, Marie s’était sentie agressée par la folie du monde dans lequel elle vivait. Elle s’était mise à considérer le travail comme une aliénation qui conduit à séparer les enfants de leur mère avant même qu’ils ne soient sevrés. Elle y voyait une des violences sociales les plus intenses et pourtant les plus tues. La société avait transformé les hommes en consommateurs. Les prétendus besoins des tout petits, en réalité, Marie en était convaincue, créés de toutes pièces par la publicité, conduisaient les mères à accepter sans ciller de quitter leur bébé pour travailler. Elles abandonnaient ainsi, pensant y être contraintes, l’éducation de leur progéniture à des étrangers qui les conditionnaient, souvent malgré eux, à croire qu’il est nécessaire de posséder pour être au monde.

Marie n’avait connu que la ville. Elle avait passé son enfance ballottée entre crèche, grands-parents et garderie. Elle pensait, dans ce décor privilégié nourri de nature et de temps, offrir à son fils des bases solides qui lui donneraient la confiance en la vie dont elle manquait tant. Elle espérait aussi qu’il se forgeait, par cet attachement à son environnement et l’immense disponibilité dont elle faisait preuve à son égard, un rapport au monde différent de celui qu’elle avait construit. Elle était focalisée sur un unique objectif : rendre son fils capable d’accéder au bonheur. Un rêve qu’elle pensait condamné pour les enfants qui grandissaient dans le moule dans lequel elle-même avait été élevée. Depuis qu’elle avait emménagé ici, rien d’autre n’avait d’importance pour Marie que l’épanouissement et la liberté de son fils.

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3 commentaires sur « « Court est notre jour et immense est la nuit » 4/… » Laisser un commentaire

  1. chouette philosophie de vie… un retour aux sources, loin de la société de consommation… un doux rêve, une utopie…?!?
    vivement la suite!

  2. ah là là que de (bonnes) questions pour moi qui vis et ai toujours vécu en ville (et qui n’envisage pas autre chose)…
    (il y a un « le » en trop dans la dernière phrase ;o) )
    bisous et vivement la suite !

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